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"Crédulité & Rumeurs", la BD qui veut sensibiliser les ados aux fake news

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"Crédulité & Rumeurs", la BD qui veut sensibiliser les ados aux fake news
“Moi, j’aimais bien imaginer ces histoires de complots, me dire que j’en savais un peu plus que les autres, que le monde ressemblait à un roman d’espionnage, qu’il y avait clairement des méchants et des bons, nous les résistants…”, s’apitoie Achille. Depuis quelques temps, cet ado mal dans sa peau croit à de nombreuses théories complotistes sur les attentats du 11-Septembre, de Charlie Hebdo ou même sur les vaccins. Mais ça, c’était avant qu’il ne rencontre son doppelgänger. Après plusieurs conversations, celui-ci convainc Achille de sa méprise. L’ado balourd fusionne alors avec son alter ego donneur de leçon pour devenir un jeune homme épanoui. Achille, c’est l’ado "crédule ", figure d’une génération de plus en plus sensible aux récits erronés qui simplifient la réalité. Il croit à la mise en scène de l’attentat de Charlie Hebdo. Il s’est renseigné et a vu sur internet deux photographies de la voiture des frères Kouachi pendant l’attaque : une où les rétroviseurs sont blancs, une autre où ils apparaissent noirs. Cet ado guidé par ses intuitions plutôt que par sa rationalité, Gérald Bronner veut lui faire ouvrir les yeux. Sociologue et auteur de la Démocratie des crédules (PUF, 2013), il a l’idée de vulgariser sa thèse en une bande-dessinée : Crédule & Rumeurs, publiée le 4 mai dernier. Son but est d’expliquer aux adolescents comment fonctionne leur cerveau pour qu’ils soient moins vulnérables aux fake news. L’éducation est une clé essentielle pour lutter contre leur propagation. Gérald Bronner en est persuadé. Plutôt qu'une loi sur les fake news "sous-dimensionnée", il milite pour une "révolution pédagogique". Mais, sa méthode éducative présente des faiblesses. Proche de la neuropédagogie, elle a elle-aussi tendance à simplifier le réel : la théorie du complot est bien plus qu’une illusion d’optique.... Des biais cognitifs qui poussent à l’erreur de jugement "Pourquoi certaines théories sont contre-intuitives comme la théorie de l’évolution par exemple ? En réfléchissant à cette contre-intuition [pourquoi le cerveau trouve plus logique certaines explications fausses que des théories certifiées, ndlr.] on essaie alors de comprendre comment fonctionne notre esprit. Je crois que c’est la meilleure façon pour se prémunir de la diffusion des théories du complot", confie Gérald Bronner aux Inrocks. Dans les planches de Crédulités & Rumeurs dessinées par Jean-Paul Krassinski, le sociologue ne démonte pas les croyances d’Achille par des faits comme pourrait le faire Les Décodeurs du journal Le Monde ou CheckNews, de Libé. Sa méthode analytique prône l’autonomie. "Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson", aime-t-il dire. Ainsi, il enseigne à l’ado les biais cognitifs, ces mauvais tours que lui joue son cerveau "naturellement" séduit par les fake news. Dans la bande-dessinée, l'alter-ego d’Achille parle de "limites spatiales". Ce concept lui permet de prouver que la couleur changeante de la voiture des frères Kouachi est une illusion d’optique. "Les rétroviseurs étaient chromés, donc ils changent de couleur en apparence selon la luminosité du ciel. Ça, c’est une manifestation des limites spatiales de ta rationalité : si tu avais pu faire vraiment le tour de cette voiture, tu t’en serais aperçu", lui susurre-t-il, la main posée sur son épaule. Pour lui montrer que sa peur de se faire vacciner est infondée, l’alter égo aux cheveux bruns use d'une autre concept : "la balance des coûts". "Notre cerveau a beaucoup plus de considération pour les coûts que pour les bénéfices. Pour compenser 1 euro de coût, il faut 2,5 de bénéfices. C’est pourquoi ceux qui luttent contre le vaccin (…) arrivent à attirer notre attention sur les coûts plutôt que sur les bénéfices de ces objets", indique l'auteur. Dire comment mais pas pourquoi Les biais cognitifs s’enchaînent au fil des pages : biais de confirmation (le fait d'aller chercher des informations qui vont dans le sens de ce que l'on croit déjà), le biais de négligence de régression vers la moyenne (la faible probabilité qu'une performance exceptionnelle se reproduise une seconde fois) ou encore la négligence de la taille de l'échantillon (refuser que des faits isolées peuvent relever du hasard). Des concepts à l’apparence compliquée qui font passer les fake news pour des erreurs individuelles. Ces explications cognitives sont certes intéressantes pour comprendre pourquoi les thèses complotistes sont séduisantes, mais elles restent en surface. Les fausses nouvelles sont avant tout des représentations collectives et politiques du réel. Des adolescents et des adultes partagent ces récits loufoques, se reconnaissent dans ces visions simplifiées du monde. La théorie de Gérald Bronner ne s'intéresse donc qu'au pan apparent de l'iceberg. Comme le rappelle l’historien Pierre Rosanvallon : le "ressort politique et social [est] absolument essentiel" pour déconstruire ce genre de théories. En traitant les fake news par un prisme uniquement cognitif, il ne se concentre que sur leur fonctionnement. "Comment croit-on aux théories du complots et non pourquoi a-t-on envie d’y croire ?" "Exciter la pensée analytique de l’adolescent" Comme son enseignement, l'alter égo d’Achille est un personnage froid et sans humour. Difficile pour un adolescent de s’identifier, de se sentir concerné. Gérald Bronner en a conscience : "C’est une bande-dessinée qu’on lit dans un cadre pédagogique. Les adolescents ont sûrement besoin d’être encadrés par un professeur pour s’en emparer". Dommage lorsque l’on veut créer un "manuel de déclaration d’indépendance mentale". Mais, le sociologue assume volontairement les traits caricaturaux de son personnage. Les deux facettes simplistes d’un même adolescent (Achille et son alter-ego) font référence “au système 1 et système 2 de Daniel Kahneman, le Prix Nobel d’économie 2002”, indique l’auteur. L’adolescent en proie aux théories du complot incarne le système de pensée intuitif et émotionnel. L’autre, le système de pensée lent et analytique. “Quand on excite la pensée analytique, cela réduit la probabilité d’endosser des théories complotistes et créationniste”, affirme le sociologue. Et c’est ce que cherche à faire cette BD : "Si tu maîtrise mieux les limites qui pèsent sur ton jugement, tu auras beaucoup moins à craindre des manipulations extérieures, qu’elles viennent d’internet ou des médias conventionnels", professe l'alter égo à Achille durant une partie de foot. "Ma BD, ce n'est pas l'évangile, c'est une matière à réfléchir" Pour Gérald Bronner qui se revendique de la philosophie des Lumières, la pensée analytique semble être synonyme de l’esprit critique. Pourtant, sa méthode manque de chair. On n'est parfois surpris par sa vision sèche et mécanique de l'esprit - surtout quand il affirme que l’être humain rechigne à utiliser son entendement car réfléchir lui fait dépenser trop de glucoses. Sa thèse replie par conséquent l’être humain sur son propre cerveau, au lieu de le pousser à interpréter le monde. Dans la bande-dessinée, toutes intuitions ou doutes seraient suspects alors qu’ils sont les points de départ de la quête du savoir. Douter de l’efficacité des vaccins, c’est le premier pas avant de s’intéresser à leur fabrication. Bien évidemment, l’opinion ne doit pas prendre le pas sur le réel, l’émotion sur la rationalité. Mais, ce n'est pas une raison pour détruire les moteurs qui poussent à connaître.   Crédulités & Rumeurs de Gérald Bronner et Jean-Paul Krassinsky, La petite bédéthèque des savoirs ( Le Lombard), 71 p., 10 euros

Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/05/22/actualite/credulite-rumeurs-la-bd-qui-veut-sensibiliser-aux-fake-news-111085479/
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Publish date : 2018-05-22 16:34:52
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Trump accuse le FBI d’“assassinat politique”

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Trump accuse le FBI d’“assassinat politique”
Donald Trump a obtenu que le ministère de la Justice ouvre une enquête sur le FBI qu'il accuse d'avoir surveillé sa campagne “pour des raisons politiques”. Cette contre-enquête devra notamment “déterminer s’il y a eu des irrégularités ou une motivation politique dans l’enquête du FBI sur les personnes suspectées d’avoir eu des liens avec des agents russes qui ont interféré dans l’élection”. En clair, furieux de l'enquête menée par le procureur spécial du ministère de la Justice Robert Mueller sur les éventuelles collusions entre l'équipe de Trump et la Russie lors de la campagne présidentielle de 2016, le chef d'Etat tente un contre-feu en dénonçant "un assassinat politique” orchestrée par les services de renseignement favorables à Obama qui auraient tenté de l'affaiblir. “Je demande, et je le ferai officiellement demain, que le ministère de la Justice examine si le FBI a infiltré ou surveillé la campagne Trump à des fins politiques - et si de telles demandes ou demandes ont été faites par des membres de l'administration Obama." “Chasse aux sorcières” Pourtant selon Le Monde  l'enquête de Robert Mueller a “abouti à 20 inculpations, révélant à la fois les omissions ou mensonges des membres de l'équipe de campagne de Trump et les opérations de propagande ordonnées par le Kremlin pour influencer l'élection présidentielle de 2016 en faveur du candidat républicain”. Mais, pour l'instant, un an après l'ouverture de cette enquête aucune preuve concrète d’une collaboration entre l’équipe de M. Trump et le gouvernement russe n’a été trouvée. Le président qualifie régulièrement cette enquête de “chasse aux sorcières” et tente d'affaiblir le magistrat indépendant en dénonçant une politisation des enquêteurs. Les Républicains demandent que l'enquête aboutisse rapidement pour ne pas interférer avec les élections législatives de mi-mandat, qui se tiendront à l'automne. Le vice-président, Mike Pence,  a déclaré lundi soir sur Fox News : “Il est temps que le procureur spécial termine et je pense que c'est probablement un avis largement partagé par les gens à travers les États-Unis”. Retourner l’opinion La contre-enquête exigée par Trump devra notamment “déterminer s’il y a eu des irrégularités ou une motivation politique dans l’enquête du FBI sur les personnes suspectées d’avoir eu des liens avec des agents russes qui ont interféré dans l’élection”, selon la porte-parole du ministère de la Justice, Sarah Isgur Flores. Le Figaro rapporte les propos de Julian Zelizer, professeur d'histoire à l'université de Princeton, pour lequel “le seul élément susceptible de changer la donne pourrait être le rapport final de Robert Mueller (mais) le temps que Mueller termine, Trump pourrait avoir réussi à retourner l'opinion contre les enquêteurs”.

Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/05/22/actualite/trump-accuse-le-fbi-dassassinat-politique-111085320/
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Publish date : 2018-05-22 09:05:28
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Pablo Iglesias, le leader de Podemos, déchaîne les passions en s'achetant une villa de luxe

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Pablo Iglesias, le leader de Podemos, déchaîne les passions en s'achetant une villa de luxe
"Est-ce que tu laisserais les manettes de l’économie d’un pays à quelqu’un qui paie 600 000 euros pour un appartement de luxe ?", s'indignait Pablo Iglesias en 2012. A l'époque, Luis de Guindos, le ministre de l'économie espagnol venait de s'acheter un fastueux appartement à 600 000 euros. Six ans plus tard, les rôles s'inversent. Pablo Iglesias et sa compagne, respectivement secrétaire général et porte-parole de la formation de gauche radicale Podemos, décident d'acquérir eux aussi un luxueux bien immobilier pour la modique somme de 660 000 euros. Les critiques fusent contre le couple La nouvelle provoque un tollé en Espagne. Les détracteurs du parti anti-système s'emparent de la polémique, des conservateurs aux socialistes. Le leader du PSOE, le parti socialiste espagnol, dont une partie de l’électorat s'est tourné vers Podemos, s'y est donné à cœur joie : "C’est aux personnes qui ont voté Podemos qu’il revient de prendre note et de tirer leurs conclusions, en ce qui concerne la cohérence entre ce qu’ils ont dit et ce qu’ils font", relève Médiapart. Vœu accompli puisque les militants de Podemos ont désormais jusqu'à dimanche pour se prononcer sur le site du mouvement : "Estimez-vous que Pablo Iglesias et Irene Montero doivent rester à la tête du secrétariat général et du porte-parolat du groupe parlementaire de Podemos ?"
"Ces maudits rouges qui ne vivent pas sous un pont !" Pablo Iglesias et Irene Montero n'ont pas acquis ce bien illégalement. Ce référendum oppose donc deux visions du leader de gauche radicale. Doit-il vivre selon ses engagements ou ses idées politiques n'ont pas nécessairement à impacter sa vie privée ? Au sein du Podemos, il y a une fracture éthique autour de cette question. Si Juan Carlos Monedero, cofondateur de Podemos, défend avec ironie Pablo Iglesias : "Ah, ces maudits rouges, qui ne vivent pas sous un pont !", José Maria Gonzalez, le maire de Cadix, s'est senti lui trahi : "Notre code éthique n’est pas une formalité, c’est un engagement, celui de vivre comme n’importe quelle personne lambda, pour pouvoir les représenter dans les institutions, et cela suppose de renoncer à des privilèges, comme des salaires trop élevés". Mais comme souvent dans le mouvement Podemos, ce n'est pas aux hommes politiques d'en décider mais aux citoyens. Le référendum qui juge l'éthique du couple décidera aussi de son avenir politique.

Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/05/22/actualite/pablo-iglesias-le-leader-de-podemos-dechaine-les-passions-en-sachetant-une-villa-de-luxe-111085352/
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Publish date : 2018-05-22 09:44:14
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A Marseille, des policiers mis en joue par des hommes armés de kalachnikovs dans une cité

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A Marseille, des policiers mis en joue par des hommes armés de kalachnikovs dans une cité
Vers 17 heures, lundi 21 mai, des policiers de la brigade anti-criminalité (BAC) de Marseille ont échangé des coups de feu avec des personnes armées de fusils d'assaut, selon La Provence. L'épisode s'est tenu dans la cité sensible de la Busserine, dans le XIVe arrondissement de la cité phocéenne. Tirs de sommation  Le Parisien, qui parle de "scènes de guerre", explique que les policiers sont intervenus après le signalement de nombreux coups de feu dans ce quartier, haut-lieu du trafic de drogue. Le quotidien a partagé une vidéo sur laquelle on voit des personnes vêtues de noirs sortir d'une voiture fusils à la main. Le journal précise que les "policiers ont été 'mis en joue' par des hommes armés de kalachnikovs". L'AFP, qui cite la préfecture, relate ensuite la scène : une première voiture de police arrive dans la cité et est interceptée par deux malfaiteurs, l'un armé d'une kalachnikov, l'autre d'une arme de poing, qui tirent en l'air. Une seconde équipe de la BAC fait alors son entrée. Rapidement, ces renforts sont bloqués par un autre groupe d'hommes, qui les mettent en joue. Une fois quelques coups de feu échangés, les malfrats parviennent à s'enfuir. "Aucun blessé par balle n'est à déplorer mais une personne, qui s'est présentée spontanément à la police, a été blessée à la tête par un coup de crosse porté par un malfaiteur", a néanmoins indiqué la préfecture à l'AFP. Grand banditisme en baisse La ville des Bouches-du-Rhône est pointée depuis des années du doigt pour son taux de criminalité et son grand banditisme. Depuis le début de l'année les règlements de compte ont coûté la vie à une demi-douzaine de personnes. En 2017, treize attaques ont été classées dans cette catégorie sur le département, entraînant la mort de quatorze personnes. C'est tout de même moitié moins qu’en 2016. Des "résultats exceptionnels" se félicitait début février le préfet, cité par Libération.  L'année passée a en effet été marquépar une forte baisse de cette délinquance. "Les chiffres les plus bas de la décennie", indiquait, toujours en février, le directeur interrégional de la police judiciaire, Eric Arella. Ainsi, comme le relate Libération, huit commandos importants de narco-trafiquants ont été mis "hors course" en 2016 et en 2017, une cinquantaine de réseaux ont été démantelé par les autorités et 157 personnes écrouées.

Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/05/22/actualite/marseille-des-policiers-mis-en-joue-par-des-hommes-armes-de-kalachnikovs-dans-une-cite-111085426/
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Publish date : 2018-05-22 12:14:07
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Au Liban, la Beirut Pride est annulée mais le combat continu

Au Liban, la Beirut Pride est annulée mais le combat continu

Au Liban, la Beirut Pride est annulée mais le combat continu
En début de semaine dernière, celle qu'on appelle la capitale gay du Moyen-Orient n'aura pas été à la hauteur de sa réputation. Lors du troisième jour de festivité de la Beirut  Pride - la marche des fiertés libanaise -, le bureau de censure de la sûreté générale est intervenu quelques minutes avant le début de la lecture d'une pièce de théâtre mettant en scène le parcours de victimes de violences homophobes dans différents pays. La représentation est annulée pour défaut d'obtention d'un visa de censure. "La demande avait pourtant été faite. Le bureau avait répondu que ce n'était pas nécessaire, puisqu’il s’agissait d’une simple lecture et non pas d’une performance", explique le coordinateur de la Beirut Pride, Hadi Damien, 29 ans. Dans la foulée, il est conduit au siège de la police des mœurs et passe la nuit en cellule. "On était 39 personnes dans une cellule prévue pour cinq", poursuit-il. Le lendemain, il apprend qu'il est accusé d'avoir publié un texte en langue arabe sur le site de l’événement, incitant à la débauche et au vice. Problème, l'organisation n'a pas publié de texte en arabe. Seulement une présentation en anglais évoquant les objectifs de la Beirut Pride. "C'est un texte falsifié. Ses auteurs de la version en arabe ont choisi des événements du festival, en ont changé le contenu et la description." Hadi Damien est finalement relâché le lendemain, après décision du procureur d'annuler tous les événements liés à la Beirut Pride et après avoir signé un engagement à s'y conformer. La décision a provoqué la réaction d'organisations comme Amnesty International qui a dénoncé une "tentative scandaleuse visant à nier les droits humains des personnes LGBTI". Un an de prison ferme pour homosexualité L'an passé, certaines activités de la première édition de la Marche des fiertés avait été annulés à la suite de pressions d'associations religieuses et des événements sont régulièrement interdits par les autorités. Dans ce petit pays où cohabitent tant bien que mal 18 communautés religieuses, la situation des gays reste très disparate. Si dans certains quartiers de Beyrouth, la population LGBT jouit d'une relative bienveillance avec des clubs et des bars ouvertement gays ainsi que des centres de santé ouverts à tous, qui garantissent à la capitale libanaise son statut d'exception au Moyen-Orient, la situation dans le reste du pays est beaucoup plus difficile. Une étude Ipsos commandée par la Fondation arabe pour les libertés et l'égalité (AFE) réalisée en 2015 sur 1200 personnes fait apparaître que 79% des interviewés estime que l'homosexualité est une maladie hormonale, 82% pensent que c'est une menace envers le modèle de la famille traditionnelle. Par contre 65% d'entre eux s'opposent à l'idée que les homosexuels puissent aller en prison. Car l'article 534 du code pénal interdit toujours les relations dites « contre-nature » passibles d'un an de prison ferme. Depuis 2009, cinq juges ont refusé de poursuivre des homosexuels sous ce chef d'inculpation, évoquant des termes imprécis qui n'ont pas à s'appliquer à la communauté gay. Il y a une déstigmatisation qui est manifeste dans la société, veut croire Hadi Damien au lendemain de sa libération. C'est une évolution naturelle. Les homos sont de plus en plus visibles dans les sphères professionnelles, académiques et sociales. » Georges Azzi, directeur de l'AFE abonde : « Il faut se souvenir qu'il y a dix ans, des gays étaient battus et emprisonnés régulièrement et il n'y avait pas une ligne dans les médias ». "Les choses sont en train de changer" Depuis 2005 et la création de l'ONG « Helem », un noyau dur d'activistes militent pour un reconnaissance des droits LGBT. Les dernières élections législatives, début mai, les premières depuis neuf ans, ont été l'occasion pour les activistes de se faire entendre à travers des actions de lobbying auprès des partis politiques et des pôles religieux du pays. Plusieurs élus ont déclaré leur intention de mettre fin à la loi pénalisant l'homosexualité. Reste à voir si les paroles se transformeront en acte. « Je suis optimiste sur ce point. Les choses sont en train de changer, estime Georges Azzi. On ne peut pas attendre des décisions de justice pour avancer, l’objectif c'est le parlement. A nous de maintenir la pression sur les responsables politiques. Ils savent que nous n'avons plus peur et que nous irons jusqu'au bout dans ce combat ». Trois jours après l'annulation de la Beirut Pride, 200 personnes participaient à une soirée storytelling dans le cadre de la Journée internationale contre l'homophobie et la transophobie.

Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/05/22/actualite/au-liban-la-beirut-pride-est-annulee-mais-le-combat-continu-111085312/
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Publish date : 2018-05-22 07:55:03
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A la Fête de Lutte ouvrière, l’extrême gauche dialogue mais ne s’entend pas

A la Fête de Lutte ouvrière, l’extrême gauche dialogue mais ne s’entend pas

A la Fête de Lutte ouvrière, l’extrême gauche dialogue mais ne s’entend pas
Dans le grand mix d’une “manif pot-au-feu” le 5 mai, comme dans le tumulte d’une “marée populaire” le 26, comment “faire entendre le camp des travailleurs”, selon le slogan de Lutte ouvrière (LO) ? C’est la difficulté devant laquelle se trouve l’Union communiste – le vrai nom de LO –, qui revendique 8 000 adhérents, depuis le début de ce printemps 2018. Convaincue que, selon la doxa marxiste, l’émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, l’organisation trotskiste voit d’un œil méfiant l’action des leaders de la France insoumise dans le mouvement social. Et elle n’embrasse pas plus la stratégie de l’unité des organisations politiques – allant de Hamon au NPA – mise sur pied par Olivier Besancenot depuis le 22 mars pour soutenir la lutte des cheminots. Nathalie Arthaud, porte-parole de LO, l’a réaffirmé le 20 mai à la Fête de Lutte Ouvrière, qui s'est tenue comme chaque année dans le parc du château de Bellevue, à Presles (Val d’Oise) : si elle participera bien à la manifestation du 26, elle “ne signera pas l’appel commun et ne participera pas au cadre unitaire”, dans lequel elle ne voit qu’une “opération politicienne de la gauche de gouvernement”. LO ne “jouera pas les marieuses” Le traditionnel débat entre LO et le NPA, les deux principales formations trotskistes de France, moment fort de la fête, promettait donc d’être tendu. Et ça n’a pas loupé. Dimanche, sous le chapiteau Karl Marx, le clivage n’a cessé de s’agrandir entre les représentants de deux partis. Geneviève Reimeringer et Anne Zanditénas pour LO ont martelé leur opposition au “collectif unitaire” auquel s’est associé le NPA avec le PCF, Génération.s ou encore la France insoumise : autant d’“ennemis patentés des travailleurs”. Qualifiant les déclarations communes de ce collectif d’“insipides”, et rappelant que Benoît Hamon s’était “opposé” à la grève de la SNCF quand il était ministre en 2014 (il la jugeait “en décalage”), Anne Zanditénas affirme que LO ne “jouera pas les marieuses” entre le mouvement social et ceux qu’elle soupçonne de vouloir l’“exploiter”. “Que visent-ils [ces partis, ndlr] ? Une place, le suffrage des travailleurs. Ça n’a aucun sens, pourquoi remettre en scelle ces gens là ? A partir du moment où on prône l’unité des organisations, et pas celle des travailleurs, on voit où ça nous mène. Je ne comprends pas pourquoi on se battrait pour ça. Ça favorise des courants bourgeois qui vont ensuite tromper les travailleurs”, assène-t-elle. “Attirer les réformistes hors de leurs repaires” En réponse, Antoine Pelletier et Mimosa Effe, du NPA ont défendu la ligne de leur parti, selon laquelle il faut essayer de “relier des secteurs radicaux et mous pour entraîner les masses”, tout en précisant qu’en aucun cas il n’était question d’accords électoraux. Comme nous le confiait Olivier Besancenot : “On sait ce qui nous sépare, mais on a besoin de se serrer les coudes pour frapper ensemble”. Pour Antoine Pelletier, cette unité d’action est pragmatique, tout comme l’était la stratégie du front unique théorisée par Trotski, qu’il cite en argument d’autorité : “Le front unique s'étend-il seulement aux masses ouvrières ou inclut-il également les chefs opportunistes ? […] Si nous pouvions rassembler simplement les masses ouvrières autour de notre drapeau sans passer par les organisations réformistes, partis ou syndicats, ce serait mieux évidemment. Mais alors, la question même du front unique ne se poserait pas sous sa forme actuelle. En dehors de toutes autres considérations, nous avons intérêt à attirer les réformistes hors de leurs repaires et à les placer à côté de nous, face aux masses combattantes.” “Ce sont les travailleurs qui peuvent changer le rapport de force, pas les révolutionnaires” Seulement voilà, aux yeux de LO, la situation est loin d’être mure, et les rangs des “masses combattantes” sont encore trop clairsemés pour envisager une grève générale, même si la grève des cheminots est une occasion de renforcer la conscience de classe. “La politique des révolutionnaires est de militer pour que les travailleurs apprennent à prendre la direction de leur lutte. Il n’y a pas de raccourci. Ce sont les travailleurs qui peuvent changer le rapport de force, pas les révolutionnaires. Ce n’est pas défaitiste, c’est l’idée la plus porteuse d’avenir”, défend Geneviève Reimeringer. En contrepoint à la rhétorique très ouvriériste de LO, qui aspire toujours à la construction d’un “parti bolchevique”, le NPA insiste sur le rôle déclencheur que peut avoir le mouvement étudiant, qui s’est “massifié” et “radicalisé” rapidement contre la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants). Mais, comme au temps de Mai 68, LO privilégie l’implantation dans les usines, et ne croit pas à l’action des minorités agissantes : “Vous ne pouvez pas vous empêcher, dès qu’il y a un mouvement, de mettre des lunettes roses et de vous raconter des histoires sur la radicalité. On a une autre boussole : l’indépendance des travailleurs”, tacle Geneviève Reimeringer. Il est loin le temps où, dans le sillage des “événements” de mai-juin 1968, Voie ouvrière (l’ancêtre de LO) proposait aux autres organisations gauchistes de construire un seul grand parti révolutionnaire, avec droit de tendance. Mais, déjà à l’époque, ce fut une occasion manquée.

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Publish date : 2018-05-21 13:41:10
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Italie : à quoi peut conduire l'alliance du M5S et de la Ligue ?

Italie : à quoi peut conduire l'alliance du M5S et de la Ligue ?

Italie : à quoi peut conduire l'alliance du M5S et de la Ligue ?
Le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue, qui ont conclu un accord de gouvernement en Italie le 17 mai, sont identifiés comme populistes. De quel genre de populisme s’agit-il dans les deux cas ? Jérémy Dousson - Le e Mouvement 5 étoiles(M5S) applique une approche populiste dans le sens où "il faut rendre le pouvoir au peuple". Il a développé un discours contre les élites politiques corrompues, et l’Italie en a connues plusieurs ces dernières années. Cette position lui a permis d’avoir une diversité au sein de ses électeurs, qui proviennent de la droite, de la gauche et surtout du centre. Mais bien que le mouvement prône des principes de démocratie directe, son fonctionnement interne reste très controversé. Luigi Di Maio, président du parti, détient tous les leviers du pouvoir. D’où sa décision de s’allier à La Ligue, ce dont il n'a jamais été question lors de la campagne électorale. Quant au populisme de la Ligue, en l'occurrence, on peut bien parler d’un populisme de droite, à la Trump ou à la Le Pen. A la base, c’est un mouvement régionaliste et indépendantiste, implanté au nord du pays. Sa rhétorique était de défendre l’Italie du nord avec un discours très hostile au sud du pays – il suffit de remarquer son nom de fondation "La Ligue du Nord". Avec l’arrivée de Matteo Salvini à la fin de l'année 2013, le parti a abandonné l’opposition entre le nord et le sud du pays pour développer un discours anti-migrants. D'ailleurs le slogan du parti lors des dernières élections était "Les Italiens d’abord". Comment deux formations politiques visiblement assez divergentes ont-elles pu s'allier ? L'histoire politique italienne est très marquée par ce qu'on appelle le transformisme. Il s'agit d'une pratique politique qui vise à former une large coalition, plutôt centriste, qui a vocation à écarter du pouvoir les composantes radicales. On peut résumer l'objectif du transformisme par cette célèbre maxime du film Le Guépard [réalisé par Luchino Visconti, sorti en 1963, NDLR] : "Il faut que nous changions tout pour que tout reste pareil". Malgré les divergences de façade entre les deux partis, c'est une coalition transformiste à laquelle nous sommes en train d'assister. On se dirige pour la première fois vers une composition d’un gouvernement eurosceptique – qui remet notamment en cause la monnaie unique - à la tête d’un pays fondateur de l’Union européenne, qui est aussi sa quatrième puissance économique. Quelles conséquences cela peut-il avoir ? Il faut préciser que le futur gouvernement sera soutenu par une majorité populiste, voire eurosceptique, au Parlement mais il ne sera pas forcement eurosceptique lui-même dans sa composition. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Le président de la République, Sergio Mattrella, peut faire obstruction à un gouvernement eurosceptique. Les deux formations politiques en sont bien conscientes. Cela peut facilement être constaté par le fait que l’accord de gouvernement est moins eurosceptique par rapport aux programmes électoraux respectifs des deux partis – notamment pour la Ligue qui prônait une sortie de l'euro, ce qui n'est plus textuellement le cas dans l'accord annoncé. “L’alliance du M5S et de La Ligue ne peut déboucher que sur un durcissement de la politique migratoire” Sergio Mattarellla a été élu en 2015 par les deux chambres sur des positions pro-européennes et je ne vois pas comment il s’empêcherait d’utiliser son véto si on lui présente un gouvernement et un programme eurosceptique. D'autant plus que la Constitution le lui permet. Par sa position géographique, l’Italie se trouve au centre des questions migratoires. On remarque que les deux partis ne sont pas tout à fait sur la même ligne sur cette question. La Ligue avance un discours anti-migrants, tandis que le M5S est plus souple sur le sujet. A quelle politique migratoire peut-on s’attendre ? Le M5S est un parti plutôt centriste, et sur la question migratoire il est très à droite. Mais il faut replacer cela dans le contexte politique italien. Le pays connait plus 160.000 entrées de réfugiés par an, ce qui fait que même le Parti démocrate, lorsqu’il était au pouvoir, défendait des positions très fortes sur le sujet. L’alliance du M5S et de La Ligue ne peut déboucher que sur un durcissement de la politique migratoire avec probablement plus de pression sur les autres pays membres de l'UE. Ce qui ne restera sans doute pas sans conséquences sur l’ensemble de la politique de l’UE sur le sujet. Jérémy Dousson, Un populisme à l'italienne ? Comprendre le Mouvement 5 Etoiles, éd. Les Petits matins, 2018.

Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/05/20/actualite/italie-quoi-peut-conduire-lalliance-du-m5s-et-le-la-ligue-111085148/
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Publish date : 2018-05-20 13:29:40
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Maryam Pougetoux, présidente de l'Unef à Paris-IV, revient sur la polémique déclenchée par son voile

Maryam Pougetoux, présidente de l'Unef à Paris-IV, revient sur la polémique déclenchée par son voile

Maryam Pougetoux, présidente de l'Unef à Paris-IV, revient sur la polémique déclenchée par son voile
Depuis le début des attaques violentes dont elle a fait l'objet sur internet, Maryam Pougetoux est restée silencieuse. Son tort, selon ses détracteurs, serait de porter le voile alors qu'elle milite à l'Unef, dont elle préside la section de Paris-IV. Au départ, c'est une simple interview d'elle sur M6, à propos des mobilisations étudiantes contre la loi ORE, qui a mis le feu aux poudres. Certains reprochaient à la jeune femme de porter le hijab. Dans la foulée, deux ministres prennent position : la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, estime qu'elle promeut l'“islam politique” ; Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, lui reproche de montrer sa “différence avec la société française”. “C'est assez pathétique de la part d'un ministre de l'Intérieur” Sur le site BuzzFeed News, l'étudiante de 19 ans fait part de son incompréhension. Après une semaine de harcèlement sur les réseaux sociaux, où son numéro de téléphone a été divulgué, elle affirme à propos de la réaction de Gérard Collomb : “C'est assez grave, je ne m'attendais pas à ce que cela monte aussi haut et que cela devienne presque une affaire d'État. C'est assez pathétique de la part d'un ministre de l'Intérieur d'avoir de tels propos, aussi violents. Sachant que mon voile n'a aucune fonction politique. C'est ma foi. Après oui, c'est visible, mais ce n'est pas pour autant du prosélytisme. Je dois presque me justifier de mon choix alors que je ne devrais pas.” Interviewée par BuzzFeed, Maryam Pougetoux, présidente de l'Unef à Paris-IV, répond à Gérard Collomb : «C'est assez pathétique de la part d'un ministre de l'Intérieur d'avoir de tels propos, aussi violents. Mon voile n'a aucune fonction politique.» pic.twitter.com/Qbh88az5Aq— Stephane Jourdain (@s_jourdain) May 20, 2018 Alors que le ministre de l'Intérieur a fait le lien entre les jeunes portant le voile et ceux tentés par Daesh, l'étudiante réplique : “Je me considère comme étant intégrée et je n'ai rien à voir avec Daech. Je suis une citoyenne française, j'ai fait des études en France, dans des établissements laïcs et publics, mon voile n'a aucun lien avec ça. Je le porte par choix, par conviction religieuse, mais dans le respect de la loi, dans le respect d'autrui, donc à partir de ce moment-là, le débat ne devrait même pas se poser.” “À aucun moment je n'ai mis mon voile par volonté politique ou réactionnaire” Elle déplore les interprétations qui sont faites du voile qu'elle porte, qui selon elle ne sont en rien fidèles au sens qu'elle lui donne. Ainsi n'y voit-elle pas un symbole politique, comme le suggère Marlène Schiappa : “On me prête des intentions qui ne sont pas les miennes. À aucun moment je n'ai mis mon voile par volonté politique ou réactionnaire. Absolument pas.”. Elle explique, enfin, que les militants de l'Unef l'ont soutenue dans cette controverse, et qu'il n'est pas question pour elle de démissionner de son poste de présidente de l'Unef à Paris-IV. De manière plus générale, elle pointe du doigt le fait que les femmes voilées ne semblent jamais être à leur place aux yeux de certains : “Lorsque l'on reste chez soi, on dit que nous sommes soumises. Lorsque nous revendiquons, lorsque nous nous engageons, on nous dit que nous n'avons pas le droit.”

Source link : https://www.lesinrocks.com/2018/05/20/actualite/maryam-pougetoux-presidente-de-lunef-paris-iv-revient-sur-la-polemique-declenchee-par-son-voile-111085143/
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Publish date : 2018-05-20 11:40:20
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Comment “Rennes 2 la rouge” est devenue une fac rebelle

Comment “Rennes 2 la rouge” est devenue une fac rebelle

Comment “Rennes 2 la rouge” est devenue une fac rebelle
Elle est surnommée “Rennes 2 la rouge”. Cette faculté, qui est le plus important centre de recherche et d’enseignement supérieur en sciences humaines et sociales, lettres, langues et art de l’Ouest de la France, draine de longue date dans son sillage l’image d’une université politisée, revendicative, voire rebelle. Forte de ses 24 000 étudiant-es, elle s’affirme à chaque mouvement social comme une actrice de poids (tout comme par exemple la fac du Mirail à Toulouse), qu’elle soit précurseure des mobilisations - celle contre le CPE en 2006, par exemple - ou simplement partie prenante des manifestations contre des réformes considérées par les étudiants injustes et inégalitaires. L’actuelle contestation contre la loi ORE - pour “Orientation et réussite des étudiants”, accusée d’organiser la sélection à l’université - ne fait pas exception, même si les AG récentes ont été beaucoup moins suivies que celles initiées mi-avril. Les partiels devant se tenir jeudi ont été annulés suite à un blocage de l’établissement par environ 300 personnes (un mode d’action qui, si l’on en croit ce papier de 20 minutes, fait par ailleurs débat parmi les étudiant-es rennais-es. Le comité des personnels de Rennes 2 mobilisés contre la réforme, eux, contestaient le blocage des partiels mais avaient assuré qu'ils ne surveilleraient pas des examens sous présence policière. Les épreuves annulées auront finalement lieu en ligne.) Née en 1969... Quels sont les ressorts expliquant cette forte identité contestataire et engagée chez la plus célèbre des facultés bretonnes, connue pour son hall B, souvent occupé, et qui fut de toutes les luttes (contre la loi Debré en 1973, contre le projet de loi Devaquet en 1986, contre le Contrat d’insertion professionnelle en 1994, contre la réforme Licence-Master-Doctorat en 2003, contre la loi LRU en 2009 avec le “Printemps des chaises”, contre la loi travail en 2016…) ? De l’avis de plusieurs personnes interrogées par les Inrocks, ils seraient en fait multiples et interdépendants. Pour Gilles Richard, historien et professeur d’histoire politique contemporaine à Rennes 2, il s’agit déjà de replacer la trajectoire de cette université dans un contexte plus global. Elle naît en effet en 1969, soit dans foulée des mobilisations historiques de mai 1968. “La période 1968-1974 représente un moment très fort de débats politiques et sociaux, dans un contexte plus global de mobilisation et de politisation de la société. Quand Rennes 2 est créée, fruit de la scission de ce qui est aujourd’hui Rennes 1, on sort de plusieurs mois de mouvement social intense.” Les universités commencent à obtenir leur autonomie : Rennes 2 regroupera les sciences humaines et sociales, les lettres, les langues, le sport, tandis que Rennes 1 accueillera les étudiant-es souhaitant s’investir dans les sciences dures, le droit, etc. L'influence des matières enseignées et le contexte post-mai 68 Ainsi, le contenu même des matières enseignées à Rennes 2 aurait une influence sur la politisation à gauche des jeunes : “Les sciences humaines et sociales amènent à s’interroger sur la société, à adopter un point de vue critique. Dès sa création, Rennes 2 est donc réputée pour être politisée à gauche, a contrario de Rennes 1, réputée plus à droite.” Le tout accompagnant un basculement progressif à gauche de la Bretagne, jusqu’ici conservatrice et gaulliste, dans les années 1970. En 1973, quelques villes sont gagnées par des socialistes. “En 1977, la Bretagne passe du côté de l’Union des gauches, Rennes est gagnée par un socialiste. Donc la fac de Rennes 2 s’inscrit dans un contexte plus global d’évolution à gauche de la région, et en particulier du département d’Ille-et-Vilaine”, développe Gilles Richard, qui met en avant “des logiques d’engagement qui se créent et une structuration des organisations politiques et syndicales dès lors que Rennes 1 et 2 sont séparées”. Notamment une certaine politisation dans le cadre de l’UNEF, accompagnée par l’émergence de jeunes socialistes et communistes. Tudi Kernalegenn, ex-chargé de cours à l’Université de Rennes 2 et doctorant en sciences politiques travaillant notamment sur la territorialisation des mouvements sociaux évoque lui le fait que “le mouvement étudiant à Rennes 2, dans les années 70, était marqué par les étudiants en sociologie qui, pour beaucoup, faisaient partie du mouvement maoïste, puissant à l’époque à Rennes, comme le mouvement trotskiste. Idem l’Union démocratique bretonne, un parti autonomiste breton marqué à gauche. Dans les années 90, on peut aussi voir l’influence du syndicat étudiant Dazont, qui était même passé devant l’Unef, avant de s’écrouler ”. Quand on l'interroge sur une éventuelle influence de la fameuse "identité bretonne" dans la capacité de mobilisation contre les réformes étatiques, il tempère : "Cela a pu jouer mais ça n'est pas le vecteur principal dans le mouvement actuel. Mais en effet les mouvements bretons ont été épisodiquement très puissants à Rennes 2." Un terreau social favorable Hugo Melchior, doctorant en histoire politique contemporaine à Rennes 2, explique que “les années 90 ont été marquées par l’influence d’étudiants plutôt anarchistes, tandis qu’à partir de 2006 et du CPE, on voit surtout l’influence d’alternative libertaire et de la Ligue communiste révolutionnaire [qui s’est depuis dissoute pour devenir le NPA, ndlr].” Mais relativise le constat d'une ville de Rennes marquée très à gauche : "Elle n'a jamais été une ville communiste non plus, plutôt PS rose pale. Quand j'étais à Rennes 2, on nous disait que nous étions en décalage avec le reste de la ville. Rennes 2 la rouge détonnait dans le paysage rennais." Si pour ce spécialiste des mouvements étudiants rennais depuis 1968 “la configuration des forces politiques revendicatives évoluent” à Rennes 2, “un dénominateur commun” caractériserait les différentes générations d’étudiants dans cette faculté au fil des ans : “La permanence de militants radicaux révolutionnaires qui ont été capables de mobiliser massivement”. Même si, selon lui, les étudiant-es mobilisé-es actuellement n'auraient pas réussi à initier un mouvement de masse contre la loi ORE  ; loi qu’il conteste par ailleurs. Pour ce Rennais, ex-étudiant à Rennes 2 donc et qui s’engagea activement contre le CPE en 2006, “il n’y a pas d’explication mono-causale” concernant la tradition revendicative et politisée de sa faculté. Il en voit deux principales. D'abord, une explication “d’ordre sociologique”, avec un “terreau social qui facilite l’engagement dans des mobilisations”. “La sociologie de cette université est restée globalement la même depuis les années 70, même si évidemment il y a des variations. Rennes 2 a toujours été essentiellement une fac populaire, avec beaucoup d’étudiants issus des classes populaires et qui sont des primo-accédants, c’est-à-dire qui sont les premiers de leurs familles à faire des études supérieures. D’où un investissement important de ces jeunes gens à l’université, vue comme la promesse d’une ascension sociale et comme un sanctuaire par rapport aux grandes écoles et à la sélection par l’argent, de plus en plus prégnante.” Le sentiment d'être les héritiers d'une tradition politique En fait, “ces jeunes gens sont toujours très sensibles aux mesures considérées injustes et à ce qui peut être perçu comme un obstacle à la promotion sociale, censément permise par l’école et la fac. Les questions de la justice sociale, du droit aux études et de la liberté de choix sont très importantes pour eux”. L'historien Gilles Richard abonde : "Rennes 2 est l'une des cinq universités les pauvres de France. Il y a une pauvreté et une marginalité de l'enseignement scolaire des sciences humaines et sociales, qui est maltraité par le pouvoir. Cette pauvreté de l'université, on la retrouve chez les étudiants, dont plus de la moitié doit avoir à côté de la fac un travail salarié. Tous ces éléments se combinent." D'autre part, le fait que Rennes 2 ait toujours été “bien dotée en cadres organisateurs et militants formés qui se donnent totalement, et capables de convaincre les gens de façon à ce que le mouvement ne reste pas à l’échelle des convaincus”, explique également selon Hugo Melchior la haute capacité de mise en mouvement de la fac. Et de citer le cas de la mobilisation contre le CPE en 2006, où, jeune étudiant en première année de 18 ans, il assure avoir vécu à ce moment-là une “césure biographique” : “Des gens comme Lucie Moitel, de Sud-Education donnaient envie de les suivre. Ils et elles nous donnaient envie de rompre avec notre normalité quotidienne, en se ralliant au service d’une cause.” Rennes 2 sera la première faculté, avec celle de Poitiers, à voter pour la suppression des enseignements à la fac. Il s’en suivra dix semaines de grève, agrémentée d’une “occupation raisonnée” de l’université, puis d’importantes manifestations, regroupant à la fois étudiants, lycéens, syndicats et travailleurs. Le gouvernement finira par plier. Le fait que Rennes 2 sorte régulièrement des murs de la fac, et participe aux mobilisations contre des réformes non-universitaires, a également son importance dans sa politisation. “En 2016, en plein mouvement contre la loi travail, on a travaillé de concert avec les salariés et les syndicats. L’AG de Rennes 2 était représentée au sein de l’intersyndicale, signe que la fac était vue comme partie prenante de la mobilisation”, raconte Hugo Melchior, qui note tout de même que les AG à la fac contre cette loi étaient moins suivies que celles ayant eu lieu au début du mouvement actuel contre la loi ORE. Ainsi, en 2016, des étudiant-es de Rennes 2 occuperont avec d’autres militants la Maison du peuple de la ville, avant d’être évacués par le Raid. “Une bonne façon de donner de la visibilité à la mobilisation et d’être dans le centre”, pour le jeune doctorant. D’autant que le campus de Villejean, où sont situés les locaux de Rennes 2, se trouvent à la périphérie de la ville, dans un quartier populaire. Cette localisation géographique pourrait-elle avoir également une influence sur l’identité de la fac ? “Oui, cela peut la renforcer. Ceci dit, cette mixité et cette pauvreté du quartier, on ne les voit pas forcément. Mais beaucoup d’étudiants de Rennes 2 habitent dans le quartier, et peuvent ainsi être confrontés à l’altérité sociale. Cela peut renforcer le point de vue critique.” Idem, la présence de la ZAD de Notre-dame-des-Landes, non loin de Nantes et donc non loin de Rennes, peut avoir sa petite influence, comme nous le dit Gilles Richard : “Cela a un effet sur la structuration du petit groupe des autonomes à Rennes 2”. Sans penser qu'il soit “décisif”, Hugo Melchior note également le rôle la ZAD comme “un lieu de politisation intense, qui peut être réinvesti dans d’autres luttes”. Enfin, reste l’aura entourant Rennes 2, alimentant l’imaginaire des nouveaux et nouvelles élèves. Avec l’idée d’être à la hauteur de la réputation de la fac, dans le sens où "quand Rennes 2 se met en mouvement, c'est un signe envoyé à toutes les autres facs". C’est une précision importante selon Hugo Melchior : “Le fait que cette image - qu'elle soit vue positivement ou non - de "fac rebelle" occupe une place de poids dans la mémoire collective des étudiants de Rennes 2, cela joue un rôle important dans la capacité mobilisatrice des étudiants génération après génération (...) Dès lors, il [est] possible pour les militants désireux de mobiliser les masses étudiantes de rappeler au présent le souvenir de ce passé contestataire afin que les autres étudiants, eux aussi, en viennent à se considérer comme les héritiers de cette tradition politique faites de victoires mémorables, mais aussi de défaites, de moments nobles, mais aussi consternants. On [est]  ainsi en plein dans l'usage politique de la mémoire, du passé (...) C'est donc ce passé contestataire, cette tradition politique qui devient un des ferments de l'identité collective qui émerge dans le cadre d'une mobilisation.”

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Publish date : 2018-05-20 09:47:47
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Les communistes sont-ils vraiment passés à côté de Mai 68 ?

Les communistes sont-ils vraiment passés à côté de Mai 68 ?

Les communistes sont-ils vraiment passés à côté de Mai 68 ?
En mai 68, le PCF voit dans les prémices de la révolte étudiante une aventure de “pseudo-révolutionnaires” gauchistes caricaturés en “fils de bourgeois ordinaires”, comme le chantait déjà Jean Ferrat en 1967. Pris au dépourvu par la tournure massive que prennent les événements, il ne parvient pas à se réconcilier avec le mouvement étudiant par la suite. En dépit de ce “malentendu” le “Parti” n'est pas complètement largué pour autant, contrairement à une idée répandue. L'historien du communisme Roger Martelli, ancien membre de la direction du PCF, qu'il a quitté en 2010, et auteur du livre Communistes en 1968, le grand malentendu, nous explique pourquoi. Paradoxalement, le PCF n’est pas à l’aise au moment du déclenchement de la révolte étudiante de Mai 68. Pourquoi ? Roger Martelli – Le PCF est en effet embarrassé par le mouvement étudiant. Les communistes à la fin des années 60 sont préoccupés par la situation à l’université, par ses moyens inadaptés par rapport au gonflement extraordinaire des effectifs, mais ils s’attendent à voir émerger un mouvement revendicatif classique, sage, avec des cahiers de revendications et des négociations. Or à partir du 22 mars 1968, le PCF voit naître un mouvement spontané, un peu brouillon. Pour lui, qui se veut un parti d’ordre depuis 1936, cela évoque le dérèglement anarchiste, il ne le prend pas au sérieux. Ce mouvement le désarçonne d’autant plus qu’il est animé par des individus qu’il classe dans la catégorie des “gauchistes”. Ces gauchistes sont alors une obsession pour le PCF depuis deux ans, pour des raisons qui renvoient au contexte international. Le PCF dirigé par Waldeck Rochet est préoccupé par le schisme qui divise le mouvement communiste autour du conflit entre la Chine et l’Union soviétique. S’y ajoute l’émergence du guévarisme vers le milieu des années 60, liée à l’expérience cubaine, qui revalorise la lutte armée par rapport à la lutte pacifique. Cela heurte de plein fouet un parti qui a intériorisé l’exigence d’une stratégie de conquête du pouvoir pacifique. Cette situation internationale a des effets en France, avec l’apparition d’un mouvement maoïste français qui se développe à la fin de 1968, et avec la radicalisation d’une partie de la jeunesse étudiante, qui aboutit à la formation de la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire), de filiation trotskiste. En 1965, les représentants des tendances maoïste et trotskiste de l'Union des Etudiants Communistes (UEC), l'organisation étudiante du PCF, sont exclus après plusieurs années de lutte interne, au profit des partisans de la direction du Parti. Cette crise est-elle à l’origine de cette obsession, et de ce divorce entre une partie de la jeunesse engagée et le PCF ? Pas vraiment. Le PCF a une grille de lecture assez simple : la ligne révolutionnaire suppose de se garder de deux dangers. Un danger de droite – l’opportunisme –, et un danger à gauche – le gauchisme. Le danger à droite est incarné par une partie de la SFIO qui cherche des alliances avec le centre, dans la continuité de la logique de troisième voie : Gaston Deferre d’un côté, et Pierre Mendès France de l’autre. Le danger de gauche, c’est le gauchisme doctrinaire. Au début des années 1960, le PCF considère que le danger est à droite, c’est l’ennemi principal. Mais à partir de 1962, ça bascule. La Chine rompt avec l’URSS, le PCF s’aligne avec le Parti Communiste de l’Union soviétique, et considère désormais que le sectarisme de gauche est le principal danger. De plus, le PCF est ancré depuis 1962 dans une stratégie politique très cohérente, qui consiste à dire que dans cette phase de croissance, où l’Etat joue un rôle régulateur, on peut infléchir les mécanismes d’intervention étatique dans un sens favorable au monde du travail. Cela implique de s’appuyer sur une union politique rassemblant le PCF – représentant du monde ouvrier – et le PS et les radicaux – qui représentent les couches moyennes –, autour d’un programme de réformes structurelles. Pour le PC, tout ce qui remet en cause cette ligne en tirant vers le centre, ou vers des formes irréalistes de révolution est néfaste. C’est la raison pour laquelle le PCF prend très tôt position contre les “groupuscules gauchistes”, qu’il appelle à “combattre et isoler” ? On confie en effet à Georges Marchais, qui est à l’époque secrétaire à l’organisation, la responsabilité de lutter contre les groupuscules gauchistes, notamment maoïstes. Le 30 avril 1968, le Bureau Politique (BP) demande à Marchais d’écrire un article dans L’Humanité, qui paraît le 3 mai sous le titre : “De faux révolutionnaires à démasquer”. Il y pointe notamment “l’anarchiste allemand Cohn-Bendit”. Or cet article paraît le 3 mai, au moment où le mouvement prend de l’ampleur en se radicalisant, ce que le PC n’imaginait pas. A partir du 6-7 mai, il décide d’infléchir sa ligne, mais le monde étudiant ne retient que l’article de Marchais. Les manifestants défilent d’ailleurs en criant : “Nous sommes un groupuscule”, voire “Nous sommes tous des juifs allemands”, car Marchais écrit “anarchiste”, mais beaucoup de monde entend “juif allemand”. La grille de lecture du PCF ne correspondait pas à la réalité du mouvement étudiant. Et il ne rattrapera pas son retard. Quelle est l’attitude de l’UEC et des Jeunesses communistes pendant Mai 68 ? Elles n’ont alors aucune autonomie par rapport au PC, elles partagent totalement son univers mental et la détestation du gauchisme. Ils sont présents, mais totalement marginalisés par rapport à l’état d’esprit général. Le 9 mai, le poète communiste Louis Aragon est hué par 5 000 étudiants lors d'un meeting improvisé à la Sorbonne par Cohn-Bendit, Geismar et Sauvageot. C'est un signe de cette marginalité du PC ? Oui, on l’appelait alors “papa Aragon”. Mais il faut reconnaître que Sartre lui-même a aussi été chahuté par les étudiants. Pour la nouvelle génération qui s’exprime, les équilibres politiques et mentaux datant de la Libération sont finis. Cela se manifeste par le rejet des grandes figures du communisme, de l’existentialisme, du personnalisme, etc. Mais dans le cas des communistes, cette détestation se fonde sur l’attitude de combat à l’égard du mouvement étudiant qu’ils ont eu. Il y a eu incontestablement un immense raté de la part de la direction du PC, qui s’explique rationnellement. Le deuxième mai, celui des ouvriers en grève, a-t-il été vécu comme une aubaine pour le PCF ? En tout cas, à partir du moment où on assiste, le 13 mai, à l’émergence du mouvement social le plus fantastique de l’histoire sociale française contemporaine, le PCF est complètement à l’aise. On l’oublie, mais à l’époque les deux acteurs principaux de la vie politique française sont les gaullistes et les communistes. Le PC est premier à gauche électoralement, avec un peu plus d’un cinquième de l’électorat, à une période d’augmentation de la participation électorale. Parmi ces électeurs, il y a une forte part d’ouvriers : un tiers d’entre eux choisissent le PC. Enfin, c’est un parti de masse : d’après les chiffres internes, connus depuis quelques années seulement, il récence 300 000 cartes placées, dont 110 000 ouvriers. C’est un parti incontestablement ouvrier. La CGT est alors de loin le premier syndicat, et ses dirigeants sont membres du BP du PCF. La manifestation du 13 mai est d’ailleurs une initiative du secrétaire général de la CGT, Georges Séguy. Pourtant, lors de cette manifestation le cortège du PCF a été dépassé par ces fameux “gauchistes”… En effet, le PC et la CGT sont obligés d’accepter la présence en tête de cortège de "l’anarchiste allemand" vilipendé par Georges Marchais, Cohn-Bendit, du dirigeant maoïste et président du Snesup, venu du PC, Alain Geismar, et du président de l’Unef, Jacques Sauvageot. Dans la foulée, le PC fait une note interne du BP qui constate deux choses avec amertume : d’une part, que ces groupuscules ont beaucoup plus d’importance que ce que “certains croyaient” (c’est-à-dire eux-mêmes), et d’autre part, que ça ne doit pas se reproduire. Le PC a du manger son chapeau, mais désormais le mouvement social occupe le devant de la scène. Dans ce contexte, le PC est dans son élément : dans une situation de grève, le syndicat négocie avec les patrons, et les partis trouvent des issues politiques. Pour lui c’est le schéma rêvé. Il est tellement à son habitude qu’il ne voit pas le caractère nouveau du mouvement, l’aspiration à l’autonomie, la remise en cause des ordres, y compris l’ordre usinier. Le PC est à la fois à l’aise, pas débordé, mais il ne voit pas certaines choses. Des témoins de l’époque, comme Alain Krivine, affirment que dans les usines occupées, les ouvriers de la CGT étaient très hostiles aux étudiants. C’est la marque de l’influence du PCF sur la classe ouvrière ? C’est en effet un refus organisé. Des consignes sont données pour empêcher les gauchistes d’arriver aux portes des usines. La CGT et le PC appellent à faire barrage aux étudiants, car ils sont intimement persuadés que la classe ouvrière n’a que deux représentants possibles : syndicalement la CGT et politiquement le PC. Tout ce qui perturbe cet ordre doit être combattu. Ils ne veulent pas l’articulation – pourtant nécessaire – des secteurs de la société. Le PC est convaincu qu’avec sa galaxie il est capable de répondre aux exigences du mouvement social. >> Lire aussi : Cinquante ans après, Alain Krivine commente les graffitis de Mai 68 << Vous dites que le PCF n’a pas été débordé, mais quand Georges Séguy (CGT) annonce le résultat des négociations de Grenelle aux ouvriers de Renaud-Billancourt, qui aboutissent notamment à une augmentation de 35 % du SMIG et à la création de la section syndicale d'entreprise, ils y répondent en reconduisant la grève. Comment interprétez-vous cet épisode ? Il y a depuis 1968 un conflit de récit sur les négociations de Grenelle. Pour le gouvernement, représenté par Pompidou et par le jeune et sémillant Jacques Chirac, alors secrétaire d’Etat au travail, ce qui est signé dans la nuit du 26 au 27 mai sont des accords. La CGT n’a pour sa part jamais accepté ce terme. Elle est arrivée dans ces négociations avec le modèle des accords de Matignon de 1936 [sous le Front populaire, au terme d'une série de grèves, ces accords conduisent à l'adoption de la semaine de quarante heures, des congés payés et des conventions collectives, ndlr]. Les négociateurs de la CGT sont d’ailleurs de manière significative le secrétaire général Georges Séguy, et le vieux Frachon, leader historique de la CGT, qui avait participé à celles de Matignon. Pour le PC et la CGT, la négociation débouche donc sur un constat, pas sur un accord signé. Et ce n’est pas la CGT qui décide du début ou de la fin de la grève. Elle n’a jamais lancé de mot d’ordre de grève générale, même si elle a laissé entendre qu’elle souhaitait l’extension de la grève. De même, elle n’appellera jamais à la reprise du travail. Quand Séguy négocie, il pense que le mouvement va permettre d’obtenir des avantages substantiels pour les salariés, rendant possible une logique classique qui s’est imposée en 36 : savoir arrêter une grève une fois l’essentiel des objectifs atteints. Quand il arrive à Billancourt au petit matin, il exprime donc un point de vue – d’ailleurs partagé par la CFDT : le niveau atteint est suffisamment important pour qu’on s’achemine vers une issue du conflit, mais il ne s’engage pas. Or à Billancourt, la chose est déjà réglée : les ouvriers ont décidé, à l’appel des représentants de la CGT, de continuer le combat. Dans la plupart des grandes usines, ce phénomène se répète, et la CGT est au centre de la décision. Le 29 mai, la CGT lance une manifestation énorme, qui prouve qu’elle n’est pas larguée par ce mouvement, avec comme mot d’ordre diffusé par le parti : “Gouvernement populaire”. Le mouvement social est alors à son apogée, mais le PC semble réticent à l’idée de prendre le pouvoir laissé vacant par De Gaulle qui, désemparé, est parti secrètement pour Baden-Baden le 29 mai. D’ailleurs, le parti ne participe pas au meeting au stade de Charlety le 27 mai… Le PC se retrouve devant le modèle de départ, les deux dangers de droite et de gauche. 1968 ne produit pas de mouvement de radicalisation dans l’espace de la politique institutionnelle. On voit donc réapparaître la solution de la troisième voie, incarnée par Pierre Mendès France, qui est la bête noire du PCF. Depuis 1954, il incarne la modernisation de la social-démocratie dans le cadre d’un capitalisme entrepreneurial. Quand il réapparaît à partir du 21 mai, le PCF sent qu’il y a un danger. A Charlety le 27 mai, il est là, avec des dirigeants socialistes, de la CFDT, de FO et des responsables de l’extrême gauche, comme Henri Weber pour la JCR. Pour le PC, les choses sont claires : les deux dangers se rejoignent. Il n’y a pas de solution. Le réveil de la France conservatrice aux élections de juin 1968, qui donnent une majorité écrasante à la droite, s’explique-t-il par la peur d’une prise de pouvoir par le PCF ? Il y a deux peurs qui jouent dans la société en 1968 : à droite le danger révolutionnaire, et à gauche du côté du PC le danger d’une intervention militaire. L’un des deux est totalement mythique, et l’autre est plus sérieux. Le danger mythique, c’est l’insurrection communiste. Les communistes n’en ont jamais eu l’idée, ils vivent dans le modèle du Front populaire : un puissant mouvement social qui s’appuie sur l’union de la gauche autour d’un programme commun de réformes structurelles. Mais leurs partenaires naturels n’en veulent pas, et les gauchistes considèrent ça comme une trahison de la classe ouvrière. C’est ce qui explique la lecture gauchiste de Mai 68, selon laquelle le PCF a été un frein à la révolution ? Oui. Le paradoxe de Mai 68, c’est que ce grand mouvement social caractérisé par la radicalité de sa tonalité, qui s’étend à différentes couches sociales au-delà du mouvement ouvrier, ne débouche pas sur une issue positive : la droite l’emporte sur la base de l’abstention aux élections de juin. La baisse la plus significative à gauche est enregistrée par le PCF, qui perd 2,4% tout en se maintenant premier à gauche avec 20% des voix. Le PSU (Parti socialiste unifié) en revanche augmente. Le PC a été la première victime de l’abstention populaire (la participation électorale a baissé de 540 000 unités entre 1967 et 1968). C’est un signe que l’électorat populaire attendait autre chose comme issue de Mai 68. Plus tard, à la présidentielle de 1969, Jacques Duclos, candidat communiste, remet les pendules à l’heure avec plus de 21% des voix au premier tour. Le PC n’a pas perdu son électorat. >> Lire aussi : PSU : De la guerre d'Algérie aux luttes antinucléaires : histoire d'un parti avant-gardiste << Mais au fond, ce mouvement dont on pouvait attendre une transformation politique profonde, voit à court terme une victoire écrasante et inattendue de la droite. Ni le PC, ni l’extrême gauche ne tirent leurs marrons du feu à long terme, à la différence des socialistes. Pourquoi ? Pour le PC, l’incompréhension des nouveaux mouvements sociaux, de l’autogestion, du féminisme, de l’écologie politique a été fatale. Il voit ces nouveautés comme remettant en question le combat central du monde ouvrier. Il boude ces mouvements. Et quand il cherchera à rattraper son retard, il n’y parviendra pas. L’extrême gauche vit pour sa part sur le mythe de l’Octobre russe, elle est à côté de la plaque. Le PS lui se rénove, se refonde avec le Congrès d’Epinay en 1971, et intègre la radicalité issue de Mai 68. Mitterrand dira d’ailleurs : “Celui qui n'accepte pas la rupture avec la société capitaliste ne peut être au PS”. C’est le PS qui est la traduction politique de Mai 68. Un autre événement préoccupe le PCF en 1968 : le printemps de Prague, et la menace de son écrasement par l’URSS. Quelle a été son attitude à cet égard ? A-t-il loupé une occasion de montrer qu’il était moderne, en soutenant ce mouvement de libéralisation ? Tout à fait. Quand se déclenche le printemps de Prague, le PC hésite dans un premier temps. Début avril, la direction condamne un responsable communiste, Paul Noirot, très favorable au printemps de Prague. Deux jours après, il fait volte-face et le soutient, sans en faire un modèle, car ça revalorise en France l’image du monde socialiste. Mais il garde une attitude ambiguë. Il ne veut surtout pas en faire un modèle avant la crise de l’été. Puis, quand le PC voit la situation se crisper avec l’URSS et les dirigeants du bloc, il tente d’éviter le pire. En juillet, il veut jouer le rôle de médiateur entre les Tchécoslovaques et les Soviétiques, mais cela échoue. Le 21 août les Soviétiques interviennent militairement en Tchécoslovaquie. Pour la première fois de son histoire, le PC condamne l’intervention soviétique. Pour les militants c’est un choc mental, un cataclysme. Le PC condamne, mais il veut éviter la rupture irréversible à l’intérieur du mouvement communiste mondial. Il espère déboucher sur une solution pacifique. Le 27 août, les dirigeants tchécoslovaques arrêtés une semaine plus tôt signent un accord de “normalisation”. Mais ce terme pouvait être entendu de deux façons : la normalité de la paix civile, ou la mise à la norme. Le PCF veut entendre le premier sens, donc il s’en réjouit, mais ne voit pas le second aspect. Or la “normalisation” se traduit par l’éviction de Dubcek [premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque en 1968-1969 et figure de proue du Printemps de Prague, ndlr], et le démantèlement de l’œuvre réformatrice de 1968. Le PCF ne prend pas de distance suffisamment forte avec la mise à la norme qui envahit hélas la société tchécoslovaque. Il ne voit pas que la force propulsive du soviétisme est terminée. En 68, sa position le range du côté de ce monde de l’Europe de l’Est qui révèle de plus en plus son obsolescence, voire même sa nécrose. L’année 1968 met en lumière le rôle joué par un secrétaire général du PCF un peu oublié, Waldeck Rochet. Pourquoi n’est-il pas retenu ? Il mérite plus de considération que le sort que l’histoire lui a réservé. Il est porté à la tête du PC par Thorez lui-même. C’est un communiste à l’ancienne, un kominternien [de Komintern, Internationale communiste, ndlr], pour qui l’Union soviétique est le pivot de toute avancée démocratique. Mais en même temps c’est un homme très réservé, pas un doctrinaire, ni un violent. En 1956, il accepte de soutenir l’intervention soviétique en Hongrie, mais il le fait en des termes incomparablement plus mesurés que d’autres dirigeants politiques comme Thorez. Quand il devient secrétaire général du PC, officiellement en 1964, quelques mois avant la mort de Thorez, il impulse un aggiornamento prudent mais déterminé. Ça conduit le PC à peaufiner sa stratégie d’alliance, à mettre au centre la question de l’union de la gauche, revalorisée par la bipolarisation du conflit politique. Waldeck porte ce changement. Mais en 1968, cet homme discret et distrait est confronté à deux chocs. En mai-juin, bon an mal an, il arrive à rester dans le jeu. Mais la fin du Printemps de Prague est encore pire à gérer pour lui. Il ne parvient pas à éviter le drame, il doit condamner l’Union soviétique, ce qui pour lui est une fracture mentale absolue, une fracture existentielle. De ce fait, à la fin de l’année il craque et entre dans une maladie neurovégétative qui le fait disparaître brutalement de la vie politique, laissant la place au seul qui donne l’apparence d’être un homme fort dans le parti : Georges Marchais.
Waldeck Rochet était issu de la paysannerie, il avait l’accent bourguignon, et ce n’était pas un tribun ni un homme de média. C’est un modèle de dirigeant politique hors du temps, qui a conduit un mouvement prudent mais déterminé de rénovation communiste, mais qui a butté devant ce double malentendu. Le PC n’a pas vu que la crise tchécoslovaque avait sonné le glas de l’expérience soviétique, en faisant la démonstration que décidément, soviétisme et liberté ont du mal à se conjuguer. Propos recueillis par Mathieu Dejean. Communistes en 1968 – Le grande malentendu, de Roger Martelli, éd. Sociales, 304 p., 22 €

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Publish date : 2018-05-20 07:39:43
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