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“Tu ramasses des coups” : Andréa Bescond se met dans la peau d’une professeure

“Tu ramasses des coups” : Andréa Bescond se met dans la peau d’une professeure




Tu te lèves tous les matins, heureuse, tu as choisi le bon métier. Tu enseignes, tu instruis, tu aides les générations futures à trouver leur voie, c’est un sentiment gratifiant. Chaque matin devant ta classe, tes élèves défilent pour s’asseoir à leur bureau :- Bonjour Sophie !- Bonjour Madame !- Bonjour Matthieu !- Bonjour Madame !- Bonjour Jules ! Jules, bonjour ! Bonjour Jules!!!!- Ah, Bonjour Madame…- Bon, avant de commencer le cours, chers élèves, je voudrais vous rappeler que la politesse est un des fondements essentiels à la notion du vivre ensemble. Tu n’as jamais compris pourquoi “l’Éducation nationale” ne s’appelait pas “l’instruction nationale” puisqu’à priori, c’est aux parents d’éduquer leurs enfants.
Quand tu as commencé ta carrière, tu avais environ vingt-deux élèves dans ta classe, puis l’effectif a augmenté en même temps que les budgets ont baissé, vingt-six, vingt-huit, trente élèves. Tu as entendu les parents aux réunions te dire : “Ne vous plaignez pas, vous avez quatre mois de vacances par an ! Vous êtes des privilégiés !”. Tu as répondu que ton investissement est sans faille, que tu prépares les cours, les activités, que tu corriges les copies des élèves ; que tu recherches le moyen de les aider mieux, au cas par cas, que tu as mis en place des cours de soutien, des rendez-vous personnels avec les équipes, pourmieux comprendre, mieux aider.
Tu expliques aux parents que leurs enfants prennent exemple sur eux, que leurcomportement, leur façon de s’exprimer les influencent. Tu leur expliques que les écrans sont toxiques, que certains programmes sont trop violents, qu’il serait préférable que leurs enfants grandissent en compagnie de livres, de poésie, de beauté, de sport, de temps en famille et de dialogue.Tu t’es vue te justifier et expliquer la fatigue qu’engendrait la gestion de classes surpeuplées.Tu as vu les sourires condescendants et pour la première fois de ta vie, tu as douté de ta vocation, tu as eu envie de pleurer, tu t’es retenue.
Tu ramasses quelques coups et insultes au passage, c’est pas grave !
Tu as continué de te lever chaque matin. Tu as commencé à chercher ta motivation, tu as senti la fatigue, la lassitude, tu as eu peur, alors tu en as parlé. Mais tu t’es sentie coupable d’évoquer la pénibilité, tu n’aimes pas le mot “pénibilité” car ça donne le sentiment que le travail serait pénible. Un après-midi, c’est la récré, des enfants se battent, tu t’interposes, tu ramasses quelques coups et insultes au passage, c’est pas grave ! Tu leur expliques à quel point la violence est nocive, qu’elle ne peut en aucun casêtre une option.
Ils t’écoutent, tu as l’impression qu’ils entendent. Fin de la classe, tous les élèves sont partis, tu vois débarquer une mère en furie qui t’accuse d’avoir bousculé son fils, elle te gifle, te tabasse, t’insulte et te menace de mort. Tu arrives à sortir ton portable pour filmer cette scène d’une violence inouïe, tu te dis que ça va aider à ce que ça ne se reproduise plus, que dénoncer la violence est aussi une façon de l’éradiquer.
À quel moment la violence est devenue une notion qu’on banalise ?
Tu le crois, jusqu’à ce que ta hiérarchie te reproche d’avoir filmé la scène, il ne fallait pas attiser la colère de cette mère. Tu te sens un peu abandonnée mais tes collègues te soutiennent. C’est déjà ça. À quel moment tout s’est inversé ? À quel moment la violence est devenue une notion qu’on banalise ? À quel moment ta vocation si pure et altruiste est devenue un enfer. On te propose trois jours d’incapacité totale, deux semaines d’arrêt de travail et des rendez-vous chez un psychologue. Ok tu iras, puis après, tu retournerasbosser.
Merci Professeur
Tu auras parfois peur, tu auras parfois mal mais tu feras de ton mieux pour fairecomprendre à ces petits que la violence n’est pas un refuge, que l’instruction et laculture le sont. Puis un jour, tu recevras un coup de fil d’un jeune qui avait beaucoup de difficultés et que tu n’as jamais lâché. Ce jeune te dira : “Madame, j’ai eu mon Bac et je continue mes études, vous m’avez appris la rigueur, la volonté et grâce à vous aujourd’hui, je sens que ma vie peut être belle, alors, Merci Professeur.
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Author : Andréa Bescond

Publish date : 2019-10-08 17:34:00

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