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Les Inrocks

Grand remplacement, identité et Islam : la "Convention de la droite" rabâche les thèmes de l’extrême droite

Grand remplacement, identité et Islam : la "Convention de la droite" rabâche les thèmes de l’extrême droite




Sauver la France de la “délétère” idéologie des progressistes ? C’est le rêve de “Convention de la droite”, qui a réuni entre 1 000 et 2 000 personnes, ce samedi, à la Palmeraie de Paris, dans le 15e arrondissement, pour trouver des “alternatives au progressisme”. Un rassemblement organisé par des proches de Marion Maréchal, à l’image de François de Voyer du cercle d’entrepreneur Audace, d’Erik Tègner de Racines d’avenir et de Jacques de Guillebon du magazine L’Incorrect. C’est à Eric Zemmour, star de la droite de la droite, que revient la charge de lancer la soirée. A l’ombre des faux palmiers de la Palmeraie, le polémiste du Figaro est venu tenir un discours nostalgique d’une France passée fantasmée, aux forts accents identitaires, à une salle déjà conquise, quasi extatique. “La France est morte” concluait son dernier ouvrage, Un destin français. Ici, il rêve d’une résurrection. Eric Zemmour évoque une “islamisation” de la société et une France gangrenée par les “indigénistes” dont l’ennemi principal ne serait autre que “le mâle blanc hétérosexuel catholique”. “Vous l’avez votre phrase de facho”, nous indique, ironique, Erik Tègner.

C’est Eric Zemmour qui a lancé la soirée. (Valentin Pacaud)
“Entre vivre ensemble, il faut choisir”, lâche Eric Zemmour, citant ainsi Renaud Camus à l’origine de la théorie complotiste du “Grand Remplacement”. Ironie : ce dernier tweete pendant la soirée qu’il aura été “grandremplacé” par le polémiste. Pendant son discours introductif de 20 minutes, Eric Zemmour coche toutes les cases du cahier des charges de l’extrême droite. “Les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre des ancêtres ?”, demande le polémiste devant une foule tout sourire. L’occasion de fustiger une France devenue “dans un retournement incroyable, l’arme de destruction de la Nation et de l’asservissement de son peuple, du remplacement de son peuple, d’une autre civilisation”.
Arlette Info — Renaud Camus grandremplacé comme champion du Grand Remplacement.— Renaud Camus (@RenaudCamus) September 28, 2019

Un show à l’américaine

Le ton est donné. Les sujets comme l’Islam, l’immigration, l’identité (et un peu de fiscalité, mais qui sera très vite oubliée) vont rythmer les discours des différents intervenants, allant d’un Robert Ménard, maire de Bézier, à Marion Maréchal en passant par le député Rassemblement national (RN) Gilbert Collard, Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro ou encore Candace Owens – une Afro-Américaine proche de Donald Trump, partisane d’un “Blexit” (pour “black”, noir, et “exit”, sortie) : une référence au Brexit britannique pour inciter les noirs américains à quitter le Parti démocrate. La courte vidéo de présentation de l’évènement annonçait la couleur : musique angoissante sur un clip stylisé où les images d’une France aussi meurtrie qu’en péril se succèdent, de prières de rue jusqu’à Notre-Dame-de-Paris en feu.
Loin de la droite ringarde et poussiéreuse, la “Convention de la droite” se rêve branchée. Woodkid, Joe Dassin, Daft Punk ou encore Conquest of Paradise de Vangelis rythment en fond sonore cette soirée aux accents de show à l’américaine. Jeux de lumières, écrans télévisés et lots de goodies (comme ce sac contenant briquet, stylo et porte-clés) viennent compléter l’entrée dans la modernité d’une droite décomplexée et identitaire. “C’est quand même plus c’est plus sexy que Ploncard d’Asssac, [catholique réactionnaire et partisan des idées de Charles Maurras]”, nous glisse, tout sourire, un des organisateurs.
Entrée sur scène triomphante de Marion Maréchal qui commence fort et appelle à “rompre avec la droite des experts comptables”. Elle oppose “l’idéologie des progressistes” au réalisme que les idées de #laConventionDeLaDroite incarnent pic.twitter.com/7G1j2YGTiE— Valentin Pacaud (@PacaudVal) September 28, 2019

Des médias (finalement) autorisés

Moderne et sexy, mais dans une certaine mesure. Quelques jours en amont de l’évènement, des journalistes de L’Express, Libération et L’Opinion se sont vus refuser leur accréditation. Dans la presse, le rédacteur en chef de L’Incorrect, Jacques de Guillebon, se justifie alors en expliquant que ce ne sont pas les médias qui sont visés mais certains journalistes “rusés comme le serpent” et animés par “la volonté de nuire”. Plusieurs journaux – dont Le Monde, L’Obs et Les Inrocks – annoncent alors leur désir de boycotter la réunion si cette atteinte à la liberté d’informer devait persister. Rétropédalage : les journalistes sont finalement accrédités.
Lors de la convention, Erik Tegner tente de relativiser les propos du rédacteur en chef de L’Incorrect, et préfère nous parler d’un “problème de places”, alors que plus de 120 journalistes ont été accrédités. Mais, lorsqu’on revient sur le sujet avec Jacques de Guillebon, celui-ci n’a visiblement pas décoléré, reprochant notamment à la journaliste de L’Opinion, Ivanne Trippenbach, des “mensonges sur les ventes de l’Incorrect” ou encore sur l’ISSEP – l’école de Marion Maréchal lancée à Lyon l’année dernière dont l’objectif se veut de former les élites de la droite de demain.

Les équipes de Quotidien surveillées

Pour autant, certains journalistes restent très surveillés. Les équipes de Quotidien en feront les frais lorsqu’ils découvrent à leur arrivée la mention toute spéciale de leur badge d’accréditation : “accréditation rez-de-chaussée”. Il leur faudra attendre 18h15 – plus de cinq heures après l’ouverture des portes – et de multiples récriminations pour finalement accéder à la salle principale. Pendant la soirée, des membres de la sécurité surveillent, sans grande discrétion, les écarts que les journalistes de Yann Barthès oseraient commettre. Deux hommes, une caméra sous le bras, viendront, goguenards, remettre au journaliste de Quotidien, Paul Larrouturou, une feuille où un clown est imprimé. Si certains médias grand public ont eu du mal à s’accréditer, d’autres médias proches des thèses de l’extrême droite sont tout à fait acceptés, comme celle du Média pour tous – Web TV de Vincent Lapierre, ancien journaliste d’Alain Soral et d’Egalité et Réconciliation.
La méfiance envers les médias traditionnels est récurrente au sein de l’extrême droite. Il est ironique de noter que, pourtant, LCI a suivi l’évènement avec beaucoup d’empressement, au point de retransmettre, en direct et à une heure de grande écoute, et sans analyse journalistique, le discours d’Eric Zemmour. En réaction, la Société des journalistes (SDJ) a demandé des explications sur ce choix éditorial à la direction, relate Le Monde.
LCI a diffusé le discours de Zemmour en direct, sans filtre. La Société des journalistes a demandé des explications sur un tel choix éditorial à la direction. https://t.co/laq1UEyL7W https://t.co/laq1UEyL7W— Sylvain Chazot (@sychazot) September 29, 2019

Raphaël Enthoven conspué

Un peu plus tard dans l’après-midi, c’est au tour du débat “2050 : Etats-Nations ou globalisation”, avec notamment Ivan Rioufol et Laurent Alexandre. “Je vais me faire flinguer, moi, avec mes idées progressistes”, nous lâche ce dernier, inquiet, en écoutant Eric Zemmour. Pas vraiment. Le chirurgien et fondateur de Doctissimo, connu pour sa virulence contre Greta Thunberg, trouve sans problème les mots pour susciter les acclamations du public : “Je reçois plusieurs dizaines de menaces de morts sur les réseaux sociaux (…) parce que je suis contre Greta Thuberg et les collapsologues de l’Apocalypse”, éructe-t-il sous un tonnerre d’applaudissements.

Candace Owens, soutien de Donald Trump, était la star Américaine de la soirée. (Valentin Pacaud)
Côté progressiste, le philosophe Raphaël Enthoven sera venu apporter la contradiction face à ceux à qui ils demandent de ne pas changer d’avis “car vous avez tort”. “Ducon”, “attardé”, “retourne en Algérie” constituent les amabilités que le public lui adressera en retour. Logique, selon ce spectateur encarté depuis deux ans au Rassemblement national, pour qui le philosophe n’était là que “pour [leur] glisser une quenelle”. Comprendre : pour les insulter, leur faire un bras d’honneur à l’image d’un Dieudonné ayant popularisé ce geste qui consiste à tendre un bras vers le bas tout en plaçant la main opposée sur l’épaule du bras tendu.

Silence radio côté LR et RN

Les jeunes se mêlent aux têtes grises habituées de ce genre d’évènement. La veille, une centaine de jeunes Les Républicains (LR) signaient une tribune dans Valeurs Actuelles où ils assumaient de venir dialoguer avec Marion Maréchal, sans pour autant la soutenir. Un blasphème pour les cadres Républicains qui refusent toujours violemment “l’union des droites” : “Pas d’alliance avec le RN” veut trancher le président des Jeunes LR, Aurane Reihanian qui appelle les signataires à “notre responsabilité (…) de refonder la droite en restant fidèle à notre mouvement, à son histoire et à sa filiation gaulliste”. En interne, pourtant, la tribune n’a même pas l’air d’une fronde et on l’attribue plutôt volontiers au délitement du parti. “Il ne se passe tellement rien au sein du parti que quelques jeunes engagés se tournent vers des alternatives et des écuries qui s’activent”, glisse aux Inrocks un ancien cadre des Jeunes LR. Erik Tegner confirme, en nous confiant “ne pas avoir eu trop de difficultés” à l’organiser.
Au RN, on a discrètement esquivé la dizaine d’invitation envoyée aux cadres, comme le raconte Le Figaro. Ce qui n’a pas empêché Marion Maréchal de tenir un discours très programmatique, en énumérant les “cinq grands défis” que doit relever le “camp des réalistes” face à “l’idéologie des progressistes” : “le premier, le plus vital est le grand remplacement” soutient la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, dans des paroles désormais très zemmouriennes. Elle conclut : “Demain, j’en suis intimement convaincue, nous serons au pouvoir”.
Entrée sur scène triomphante de Marion Maréchal qui commence fort et appelle à “rompre avec la droite des experts comptables”. Elle oppose “l’idéologie des progressistes” au réalisme que les idées de #laConventionDeLaDroite incarnent pic.twitter.com/7G1j2YGTiE— Valentin Pacaud (@PacaudVal) September 28, 2019




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Publish date : 2019-09-29 12:50:32

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