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Une troisième marche pour Adama Traoré, à défaut d’un procès des gendarmes de Persan

Une troisième marche pour Adama Traoré, à défaut d’un procès des gendarmes de Persan




“Nous avons tous les éléments pour aller vers une mise en examen et un procès des gendarmes. Aujourd’hui, on ne devrait pas être là, mais au procès des gendarmes”, clame Assa Traoré sur les marches de la mairie de Persan. Trois ans plus tôt, jour pour jour, son petit frère, Adama Traoré, décédait à la suite d’une interpellation par les gendarmes de Persan (95) après avoir subi un plaquage ventral et une compression de sa cage thoracique. “L’année dernière, on pensait que la justice allait pouvoir être rendue”, affirme-t-elle ce samedi. Il n’en a rien été.
Faute de mise en examen des gendarmes, c’est une marche pacifique qui s’élance dans les rues des communes limitrophes de Persan-Beaumont. “Il faut qu’on fasse en sorte de montrer que l’image qu’ils veulent refléter de nous est fausse. On aurait pu prendre des armes et se défendre. Mais non, on a décidé de se battre et de marcher pour demander la justice”, expose le frère de Gaye Camara, tué par un fonctionnaire de police le 17 janvier 2018 à Épinay-sur-Seine (93). Comme de nombreux proches de victimes des violences policières, l’homme est venu soutenir le comité Adama.

“On est dans un déni de justice”

Assa Traoré dénonce l’inertie coupable de la Justice. “Aujourd’hui, on est clairement dans un déni de justice. Il y a eu cinq expertises en trois ans. Si on avait fait confiance à la justice française, mon frère serait mort de cause cardiaque, d’une infection très grave, sous l’emprise de l’alcool ou d’une drépanocytose. Si on avait fait confiance aux juges, cette affaire serait classée”, constateAssa Traoré.

(Theo Englebert)
Ces expertises successives apparaissent dès lors comme autant de refus de la part de l’institution judiciaire de restaurer l’accès aux droits pour tous et de réhabiliter une confiance déjà bien érodée dans la Justice elle-même. “On est déterminé. On ne lâchera jamais. On a mis à nu ce système répressif et autoritaire qui étouffe toutes les affaires de violence policières”, revendique Assa Traoré. La dernière expertise, financée par la famille Traoré, met en cause les gendarmes dans la mort du jeune homme. “La justice française a demandé une sixième expertise. Les juges n’ont toujours pas nommé d’experts. Les juges sont clairement là pour protéger les gendarmes et étouffer la vérité”, accuse Assa Traoré.

Un communiqué hostile à la manifestation

À 15h, la marche s’élance de la gare de Persan. Direction de Beaumont-sur-Oise. Le cortège, très dynamique, marquera plusieurs arrêts, ponctués de prises de parole d’Assa Traoré. Les participants réclament la justice pour Adama devant la gendarmerie de Persan puis la mairie de Beaumont. “Aujourd’hui, c’est nous la force de cette ville”, clame Assa Traoré.

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Le matin même, la mairie de Beaumont aurait distribué un communiqué hostile à la manifestation dans les boîtes aux lettres de la ville. Une information confirmée aux Inrocks par de nombreux habitants de la commune qui disent également avoir trouvé des affichettes dans leurs cages d’escalier. “Ce sont des noms qui resteront gravés dans l’histoire pour avoir entravé la justice”, observe Assa Traoré qui compte bien s’en assurer.

Intense répression

Le comité dispose d’un fort ancrage local et les habitants répondent présents dans le cortège. “J’ai suivi toute l’affaire, j’étais là aux autres marches. Je pense que c’est important d’être là pour soutenir le comité et la famille d’Adama. C’est une obligation pour eux de savoir ce qui s’est réellement passé”, explique Brahim, 29 ans qui habite à Persan. “Tant qu’il n’y aura pas de réponses, les relations entre la police et les habitants de Persan-Beaumont ne pourront pas s’améliorer.”
Cette année, deux petits frères d’Assa Traoré, récemment libérés, sont présents. “Je suis sorti il y a trois jours, mon frère Samba est sorti il y a deux jours”, relate Youssouf Traoré qui témoigne de l’intense répression que disent subir les habitants de Beaumont. “Il y a encore mes deux frères et tous ceux qui ont été incarcérés dans cette histoire, on ne les oublie pas. J’espère qu’ils nous entendent”. L’année précédente, aucun des quatre plus jeunes frères Traoré n’avait pu assister à la marche, tous étaient emprisonnés.

Une volonté de convergence des luttes

De nombreux collectifs de gilets jaunes avaient annoncé leur présence à la marche qui coïncide avec l’acte 36 de leur mobilisation. “On a vu ça sur internet et ça nous paraît normal de venir soutenir les victimes de violences policières”, expliquent en chœur plusieurs gilets jaunes. Dans le cortège, ils sont des dizaines à porter des couleurs du mouvement. Des postiers, des sans-papiers, des gilets noirs ainsi que plusieurs syndicats et partis politiques ont également rejoint la marche.

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“Depuis le premier jour, on connaît la vérité et on ne cesse de la clamer. Aujourd’hui, on commence à nous écouter. Aujourd’hui, les gens ont pris conscience que les forces de l’ordre peuvent être violentes. Nous, c’est le quotidien. On est gilet jaune depuis vingt ans”, revendique l’un des frères d’Adama Traoré. “Le jour ou Assa m’a appelé et m’a dit qu’il fallait que je vienne au mouvement des gilets jaunes, j’étais réticent. J’ai dit que je ne rentrais pas dans les histoires de fachos”, reconnaît Mamadou Camara qui partage aujourd’hui le constat du comité Adama. “C’est vrai, on est des gilets jaunes depuis notre naissance. La précarité, on la connaît depuis qu’on est né”, constate-t-il.

Des victimes de violence policière dans toute la France





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