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Les Inrocks

Le journaliste Taha Bouhafs placé en garde à vue : que s’est-il passé ?

Le journaliste Taha Bouhafs placé en garde à vue : que s’est-il passé ?




C’était une occupation “pacifique”, d’après le communiqué de l’Union syndicale Solidaires. Pourtant, les témoignages que nous avons recueillis sur l’arrestation à Alfortville de Taha Bouhafs, en reportage pour Là-bas si j’y suis, et de Christian Schweyer, militant pour le Collectif des travailleurs sans papiers de Vitry-sur-Seine (CTSPV 94), dénoncent une interpellation “violente” et “brutale”. D’après Le Parisien, leur garde à vue pour “outrage et rébellion” a été levée en fin d’après-midi. Le quotidien annonce que Taha Bouhafs sera convoqué au tribunal de Créteil le 25 février 2020. 
Une vidéo publiée sur Twitter – et largement floutée par son diffuseur, David Guiraud, porte-parole “jeunesse” à la France Insoumise (LFI) – montre l’arrestation de Taha Bouhafs. On l’entend demander un médecin parce que son épaule serait “déboîtée”. Le parquet de Créteil nous a révélé qu’en effet, le journaliste avait subi une luxation de l’épaule. “Il a été emmené aux urgences et ça a été réglé”, nous explique-t-on par téléphone.
?Voici la vidéo suite à l’interpellation de @T_Bouhafs

Désolé, j’ai dû flouter beaucoup de passages pour pas avoir de soucis…

On voit sur cette vidéo Taha se plaindre d’avoir l’épaule déboitée ? pic.twitter.com/O18qttqxnK— David Guiraud (@GuiraudInd) June 11, 2019

“Tout à coup, j’ai vu Taha Bouhafs au sol”

L’Union syndicale Solidaires et le CTSPV 94 s’étaient réunis devant une agence Chronopost d’Alfortville, mardi 11 juin, pour dénoncer le système de “filiales en cascade” de La Poste, responsable selon eux d’une grande précarisation du travail pour les personnes sans papiers qui souhaiteraient être régularisées. Taha Bouhafs, journaliste pour le média engagé Là-bas si j’y suis depuis quelques mois, était présent pour faire un reportage. “Il faisait des interviews de sans-papiers”, témoigne Nathalie Levallois, militante de la France Insoumise qui se trouvait à la manifestation.
Dans le milieu de l’après-midi, la situation se serait tendue avec les policiers, appelés un peu plus tôt lorsque les manifestants avaient tenté de planter des tentes devant l’agence Chronopost. Thierry Lescant, secrétaire de Solidaires Val-de-Marne, raconte aux Inrocks : “Des enfants, plus jeunes que des ados, sont passés et ils ont blagué en voyant la police. Un des policiers a sorti sa matraque télescopique et l’a brandie. Les mômes ont eu peur et sont partis en courant. C’est là que Taha Bouhafs Christian Schweyer se sont interposés”. Nathalie Levallois, située plus près de la scène poursuit : “Tout à coup, j’ai vu Taha Bouhafs au sol sur le ventre. Un policier avait un genou sur sa tête (un autre témoin nous a indiqué “sur le dos”, ndlr), sa joue était contre le sol. Quand ils ont lâché son visage, il avait la joue toute rouge.” Selon Thierry Lescant, l’interpellation de Taha Bouhafs aurait été “plus brutale et plus violente” que celle de Christian Schweyer, plaqué lui aussi au sol.

Taha Bouhafs “particulièrement ciblé” par la police ? 

Avant d’être journaliste pour le média de Daniel Mermet, Taha Bouhafs s’est fait connaître pour ses vidéos postées sur les réseaux sociaux lors des manifestations des Gilets jaunes. L’ancien candidat aux législatives de 2017 pour la France Insoumise, aujourd’hui âgé de 21 ans, est également connu pour être l’auteur des images montrant Alexandre Benalla en train de frapper des manifestants sur la place de la Contrescarpe le 1er mai 2018. Dans un communiqué, son employeur Là-bas si j’y suis, exprime des doutes quant au bien-fondé de son arrestation : “Son rôle dans l’affaire Benalla et la répétition de ces intimidations policières nous fait nous demander s’il n’est particulièrement ciblé.”
Je soutiens l’occupation de ces travailleurs sans-papiers et demande la libération immédiate de Christian Cheiwer, porte parole du collectif des sans-papiers de Vitry et Taha Bouhafs, journaliste en GAV depuis mardi soir au commissariat d’Alfortville https://t.co/vkCcKhjgi2— Eric Coquerel (@ericcoquerel) June 12, 2019

A l’annonce de son arrestation, Taha Bouhafs a reçu de nombreux soutiens. Sur Twitter, certains, comme le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel, demandent une “libération immédiate”. “D’après les témoignages et les vidéos, je ne vois pas pourquoi ils sont (avec Christian Schweyer) en garde à vue”, nous précise-t-il. Les journalistes David Dufresne, connu pour dénoncer les violences policières lors des manifestations, et Gaspard Glanz, lui-même arrêté par la police le 20 avril lors d’une manifestation, ont également exprimé leur soutien sur le réseau social. Là-bas si j’y suis a appelé à un rassemblement à 18 heures le mercredi 12 juin devant le commissariat d’Alfortville pour “défendre la liberté de la presse”.
Ok les ami(e)s voici le plan :
– On attend demain 11h, le temps de savoir PK @T_Bouhafs est encore maintenu en GAV.

– Si c’est le cas : on y va TOUS. Et on campe devant.

->Il était en mission, en pige. Journaliste; Point barre, pas de débat.

cc @OdieuxBoby @NnoMan1 @MatMolard— Gaspard Glanz (@GaspardGlanz) June 11, 2019

Si je lis bien, le journaliste videaste @T_Bouhafs a voulu calmer les esprits lors d’une charge policiere hier à Alfortville. Il est en GAV depuis.

Il faut lire au delà du titre. Rendez vous à 18h, commissariat Alfortville. Qui vient ? https://t.co/jZnkgQ3wNn— David Dufresne (@davduf) June 12, 2019

A lire aussi : Pourquoi le journaliste Gaspard Glanz a-t-il été placé en garde en vue




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Publish date : 2019-06-12 17:32:50

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