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Marche des Fiertés en Banlieue : les queers des quartiers populaires veulent enfin faire entendre leurs voix

Marche des Fiertés en Banlieue : les queers des quartiers populaires veulent enfin faire entendre leurs voix




Les banlieues populaires seraient-elles plus homophobes qu’ailleurs ? C’est pour combattre cette idée reçue (et raciste) de plus en plus répandue qu’une poignée d’étudiants de Paris VIII a organisé, dimanche 9 juin 2019 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la première Marche des Fiertés en Banlieue, 50 ans après les émeutes de Stonewall. “Cette marche n’est pas une marche contre les banlieues populaires, mais au contraire pour montrer qu’on ne doit pas stigmatiser ces banlieues, ni dire que les LGBTphobies sont endémiques à ce territoire : elles sont partout et on doit les combattre partout avec la même intensité”, décrit Yanis Khames, co-organisateur de l’évènement.

Combattre la stigmatisation des banlieues

Un rappel qui, dans un contexte où les luttes LGBTI sont fréquemment instrumentalisées à des fins racistes et islamophobes (une tendance souvent qualifiée, dans les champs universitaire et militant, d’homonationalisme), s’avère particulièrement urgent : “On a une certaine vision du monde et une volonté que le monde évolue sans que personne ne soit laissé sur le carreau, où les discriminations n’existeraient plus. Si on utilise le combat contre les LGBTphobies pour mettre de l’eau dans le moulin du racisme et du classisme, alors ce monde on ne pourra jamais l’atteindre”, poursuit l’étudiant.
Organisée au sein de la jeune association Saint-Denis Ville au Coeur, l’initiative avait plus largement pour but de bousculer l’image traditionnellement imposée aux banlieues en se réappropriant la narration : “Pour nous, ça veut dire laisser les banlieues s’autodéterminer, s’exprimer comme elles le veulent et se montrer comme elles se voient”, explique Youssef Belghmaidi, étudiante à Paris VIII et co-organisatrice de la marche, avant de confier : “Quand on vient de banlieue On est marqués au fer rouge, on intériorise cette honte et cette autodépréciation. J’avais envie de retrouver de la légitimité”.

Un étau complexe

Avant même son déroulement, l’initiative a été prise dans un étau particulièrement complexe, coincée entre l’extrême droite, dont certains membres sont allés jusqu’à qualifier Saint-Denis de “califat”, et certaines associations LGBTI telles que l’Amicale du Refuge, qui ont critiqué la marche ou ses organisateurs. Pour Yanis, “ces assos sont en croisade contre les banlieues populaires, qui seraient selon elles une zone de non-droit, ils veulent sauver les LGBTI de banlieues mais leurs discours desservent les banlieusards LGBTI”.
La Pride des Banlieues a également été pointée du doigt par le collectif des Lesbiennes of Color qui lui ont reproché ses “alliances hasardeuses”, notamment avec la mairie de Saint-Denis : “Où se trouve donc l’argent [de la mairie] quand il s’agit de nous loger dans des appartements décents ou simplement de ne pas nous y laisser mourir et de nous reloger quand nos immeubles s’effondrent ou brûlent ?”, interroge le groupe dans son communiqué publié sur Facebook, accusant la marche de faire le jeu de la gentrification.

Une révolution queer des quartiers populaires

Malgré les dissensions, la première Marche des Fiertés en Banlieue aura pourtant bien eu lieu dans une ambiance joyeuse et revendicatrice. Tout le long du parcours auront résonné des chants anticapitalistes et antiracistes tranchant de façon évidente avec son homologue parisienne. L’arrivée devant la basilique de Saint-Denis restera quant à elle marquée par le discours puissant d’Hanane, “maman lesbienne de l’immigration et de banlieue” et membre de Femmes en Luttes 93, appelant à une révolution queer des quartiers populaires plutôt qu’à un capitalisme rose : “Pour nous, le pire homophobe de France, ça n’est pas notre voisin de palier des quartiers populaires mais l’Etat français et ses institutions, ses politiques sociales, économiques désastreuses”, a déclamé la militante sous les applaudissements de la foule, saluant l’action des Gilets Jaunes, demandant la régularisation de tous les sans-papiers et condamnant les violences policières.
Savourant cet événement historique, Youssef, près du podium, rayonne, et envisage déjà la suite : multiplier les interventions en milieu scolaire, organiser des conférences de vulgarisation liées aux enjeux LGBTI ou recréer une scène ballroom à Aubervilliers pour les exilés et les personnes les plus précaires, “pour leur permettre de montrer aux gens que non seulement on est là mais on est là de façon glamour et belle, bruyante, implacable”, explique l’étudiante. En ce qui concerne la Pride des Banlieues, Youssef souhaite mettre en place des modes de financements autonomes pour s’émanciper de la mairie, et nouer davantage d’alliances avec des associations et collectifs du territoire, notamment les Lesbiennes of Color. Flamboyante et prophétique, la militante de 22 ans annonce : “Ça va devenir de plus en plus excentrique et de plus en plus dans la surenchère. Les banlieues vont se soulever et Paris n’est tellement pas prête, je suis triste pour Paris, honnêtement !”



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Publish date : 2019-06-10 11:28:07

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