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Luc et Jean-Pierre Dardenne : “Nous ne sommes pas des théologiens”

Luc et Jean-Pierre Dardenne : “Nous ne sommes pas des théologiens”




Onzième film des frères Dardenne, Le Jeune Ahmed accompagne un préado radicalisé sur le chemin de sa rédemption. Il marque quelques caps symboliques pour les auteurs doublement palmés de Rosetta et de L’Enfant. Déjà, une forme de retour aux anonymes, après une série de films marqués par des actrices de renom (Cécile de France, Marion Cotillard, Adèle Haenel). Ensuite et surtout un nouveau terrain, qui fait encore peut-être partie du cinéma social dont on a toujours fait d’eux les auteurs stars, mais qui devient un cinéma du religieux et de la spiritualité.

Avec leur allure de moines laïcs, mais aussi un certain bagage chrétien, “les frères” ont forcément un rapport particulier à la question de l’islam radicalisé. Nous leur avons demandé de nous aider à décortiquer tout ça : l’occasion de prendre à la fois la mesure de leur érudition et de la limite qu’ils se reconnaissent, off the record, par un mélange de modestie et de prudence : “Vous savez, nous ne sommes pas des théologiens…” Un peu, quand même.
Est-ce un événement ou un climat qui vous a amenés à parler d’islam ?
Luc Dardenne — Il n’y a pas eu d’électrochoc, c’est une période qui remonte à Charlie. On essayait de partir d’un personnage qui aurait l’âge de ces terroristes, 18, 20, 25 ans. Or on n’y arrivait pas, parce qu’avec un personnage de 20 ans, il y avait le risque de proposer une émancipation romanesque de l’endoctrinement, ce qui n’était pas possible au regard de la réalité de toutes ces familles brisées.
Alors la clé a été de prendre un enfant : là, peut-être, on pouvait. On a un peu surestimé la situation, qui n’était pas simple non plus ! Même là, on n’est jamais arrivés avec notre récit à construire un personnage secondaire qui viendrait lui permettre de s’en sortir : tout ce qu’on a trouvé pour ça, c’est lui-même face à sa propre mort, face à la possibilité de sa mort.

Est-ce que le sujet de l’islam est plus loin de vous que vos sujets précédents ?
Jean-Pierre Dardenne — Il y a vingt ans, ça nous était complètement étranger. Nous avons vu une lente montée d’un sentiment d’identité exclusif que nous, lorsque nous avions une trentaine d’années, ne connaissions pas. On peut dater le début, on peut connaître un certain nombre de causes : l’arrivée des imams salafistes, la télévision satellitaire.
Luc — C’était dans les années nonante, je participais à un projet d’intégration, bien qu’on n’employât pas ce mot, dont l’idée était de donner des cours dans une école et puis, une fois par semaine, comme les enfants maghrébins vont rarement chez les Belges, les inviter chez soi. J’ai tissé des liens avec des familles, qui sont devenues des proches. Et quand les imams arrivent… vous le sentez, quoi. Les enfants ne parlent plus de la même manière, ils sont pris dans des conflits de loyauté.



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Publish date : 2019-05-13 18:00:00

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